L'industrie des croisières connaît aujourd'hui une transformation profonde, portée par des impératifs environnementaux de plus en plus pressants. Face aux défis climatiques et à la nécessité de préserver la qualité de l'air dans les zones portuaires, les acteurs du secteur maritime déploient des solutions innovantes pour réduire leur empreinte écologique. Parmi ces initiatives, l'alimentation électrique à quai s'impose comme une réponse concrète et efficace, permettant aux navires de se connecter au réseau électrique terrestre pendant leurs escales plutôt que de faire tourner leurs moteurs.
L'alimentation électrique à quai : une révolution pour réduire l'empreinte carbone des navires
Le secteur des croisières maritimes et fluviales s'engage résolument dans une démarche de transition écologique en adoptant massivement l'alimentation électrique à quai. Cette technologie représente une avancée majeure dans la décarbonation du transport maritime, offrant une alternative crédible aux groupes électrogènes qui fonctionnent habituellement au carburant fossile lorsque les paquebots sont amarrés. En permettant aux navires de se brancher directement sur le réseau électrique local, cette solution réduit considérablement les émissions de gaz à effet de serre et les polluants locaux qui affectent la qualité de vie des populations riveraines.
Le fonctionnement technique de l'alimentation électrique à quai dans les ports modernes
Le principe du branchement électrique navires repose sur des infrastructures portuaires spécifiquement conçues pour fournir une puissance électrique importante. Les installations comprennent des bornes d'alimentation à haute tension, capables de délivrer plusieurs mégawatts d'électricité simultanément à plusieurs bâtiments. Au port du Havre, par exemple, l'infrastructure nécessite la pose de trois kilomètres de câbles souterrains ainsi qu'un transformateur dédié. L'objectif fixé pour 2026 consiste à brancher simultanément trois paquebots grâce à des prises de quinze kilogrammes fournissant chacune jusqu'à treize mégawatts. Cette capacité électrique considérable permet aux navires de maintenir l'ensemble de leurs systèmes en fonctionnement pendant toute la durée de l'escale, sans recourir à leurs moteurs auxiliaires. Sur le bassin Rhône-Saône, six sites d'appontement sont déjà équipés de bornes d'alimentation décarbonée, avec trois sites installés à Lyon et trois autres sur la Saône au nord de la ville. Deux sites supplémentaires entreront en service prochainement, l'un à Trévoux fin mars 2024 et l'autre à Seurre en juin 2024, témoignant de l'extension progressive de cette infrastructure verte sur l'ensemble du réseau fluvial français.
Les bénéfices environnementaux mesurables de cette technologie portuaire
Les résultats concrets de l'alimentation électrique à quai démontrent son efficacité remarquable dans la réduction des émissions polluantes. L'électrification d'un paquebot pendant douze heures permet d'éviter l'émission de cent tonnes de dioxyde de carbone et de deux tonnes de polluants locaux, selon les données fournies par Haropa Port. Pour les paquebots fluviaux naviguant sur le réseau français, le branchement à quai réduit les émissions de CO2 d'environ soixante pour cent, ce qui représente une économie annuelle de sept cent cinquante tonnes par navire. À l'échelle du réseau géré par Voies navigables de France, le gain total s'élève à huit mille cinq cents tonnes de CO2 évitées chaque année. Au Havre, l'installation permet d'éviter l'émission de quinze mille à vingt mille tonnes de CO2 annuellement. Au-delà de la réduction des gaz à effet de serre, cette technologie divise par soixante les émissions de polluants locaux, améliorant ainsi significativement la qualité de l'air dans les zones portuaires. Les nuisances sonores sont également considérablement réduites, puisque les moteurs peuvent être éteints complètement pendant les escales portuaires. Cette amélioration du cadre de vie profite directement aux habitants des villes portuaires, longtemps exposés aux bruits et aux fumées des navires amarrés. Le système d'alimentation électrique à quai est par ailleurs éligible aux certificats d'économies d'énergie selon la fiche TRA-EQ-124, permettant aux infrastructures maritimes fournissant cinq millions de kilowattheures sur six mois de générer soixante-sept millions de kilowattheures cumac, facilitant ainsi le financement de ces installations coûteuses.
Les compagnies de croisières pionnières dans l'adoption de cette pratique durable

Les armateurs ont rapidement compris l'importance stratégique de cette transition énergétique, tant pour des raisons environnementales que réglementaires. L'Union européenne a fixé des objectifs ambitieux, visant une réduction d'au moins cinquante-cinq pour cent des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 et la neutralité climatique à l'horizon 2050. Un accord européen prévoit également que dès le premier janvier 2030, les ports devront fournir une quantité minimale d'alimentation électrique à quai pour les porte-conteneurs et les navires à passagers. Pour atteindre ces objectifs, l'industrie des croisières vise la carboneutralité d'ici 2050 à travers diverses initiatives complémentaires, dont le branchement électrique à quai constitue un pilier essentiel. Les compagnies investissent massivement pour adapter leurs flottes à ces nouvelles exigences environnementales, tout en développant parallèlement l'utilisation de carburants alternatifs moins polluants.
Les investissements des armateurs pour équiper leur flotte aux branchements électriques
Costa Croisières figure parmi les compagnies pionnières dans l'adoption de l'alimentation électrique à quai. Le paquebot Costa Diadema a notamment utilisé un raccordement électrique lors d'une escale au port de Kiel en juin, permettant d'éteindre complètement ses moteurs et de réduire ainsi les nuisances sonores et les émissions polluantes. Cette initiative s'inscrit dans une démarche globale de la compagnie pour réduire son empreinte environnementale, incluant également l'adoption progressive de carburants alternatifs. Sur le plan du tourisme fluvial, le bassin Rhône-Saône accueille vingt-six paquebots fluviaux transportant cent dix mille passagers annuellement, hors période de crise sanitaire. Cette activité génère des retombées économiques estimées à cent quarante millions d'euros pour les territoires traversés. Pour accompagner cette filière vers une transition écologique ambitieuse, ENGIE Solutions a investi huit millions et demi d'euros sur quatorze ans dans le développement d'infrastructures de branchement électrique via sa filiale SCE. Ces installations comprennent non seulement les bornes électriques, mais aussi des bornes à eau et des missions de régisseur sur certains sites, garantissant ainsi un service complet aux opérateurs de croisières fluviales. Des partenariats avec SUEZ permettent également d'assurer la collecte des déchets ménagers des paquebots par voie d'eau, un service utilisé par quatre-vingt-dix pour cent des navires à Lyon en 2023. NEPTUNIA France propose quant à elle une barge avitailleur de carburant et prévoit de lancer en 2024 un pôle de distribution multi-énergies incluant GTL, biocarburants, GNL et GNC.
Les ports internationaux équipés et les destinations adoptant cette infrastructure verte
De nombreux ports à travers le monde ont entrepris des programmes de modernisation pour accueillir les navires équipés pour le branchement électrique. Au Canada, le port de Montréal dispose d'installations de branchement électrique à quai depuis 2017, permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre de deux mille huit cents tonnes par an, ce qui équivaut à retirer sept cents camions de la circulation. Une étude de faisabilité est également en cours pour l'approvisionnement en énergie renouvelable des navires de croisière au port de Québec, témoignant de l'engagement de la région du Saint-Laurent dans cette transition écologique. En France, Ports de Normandie a lancé en 2021, en partenariat avec EDF, une étude de faisabilité pour déployer des solutions d'alimentation électrique à quai adaptées aux navires de croisières et aux ferries sur ses trois ports. EDF apporte son expertise technique lors des phases de diagnostic, d'études de solutions et de recensement des leviers de financement disponibles. Le développement de ces infrastructures bénéficie d'un soutien financier important, provenant de sources multiples incluant des aides locales, régionales, nationales via l'ADEME et le FNADT, ainsi que des financements européens qui complètent les primes liées aux certificats d'économies d'énergie. Le Club Croisière Rhône Saône, créé en 2022, joue un rôle fédérateur en développant la filière de manière concertée, en renforçant son ancrage territorial, en accélérant sa transition écologique et en améliorant la qualité de service offerte aux croisiéristes. Cette dynamique collective illustre la volonté de l'ensemble des acteurs du secteur de conjuguer développement économique et responsabilité environnementale, positionnant la France comme un territoire pionnier dans l'adoption de pratiques durables pour l'industrie des croisières maritimes et fluviales.

